Dec 22, 2014

L'art érotique japonais - Le monde secret des shunga.


La quatrième de couverture.
Au Japon, l’art érotique a une longue histoire, dont l’âge d’or s’étale de la fin du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle. Illustres ou peu connus, les artistes de cette période ont créé des milliers de shunga – euphémisme qui signifie « images de printemps » – de toute beauté. Souvent explicites, mais aussi pleins de tendresse, de sensualité et d’humour, parfois aussi à visée éducative, ces peintures, estampes et livres illustrés célèbrent toutes les facettes de la sexualité humaine. Extrêmement populaires et perçues comme parfaitement normales dans la société japonaise de l’époque, ces œuvres s’inscrivent au sein d’une culture raffinée, en quête de plaisirs : celle du « monde flottant » (ukiyo), gloire du Japon de la période d’Edo, où beaucoup d’entre elles ont vu le jour. Les shunga étaient appréciées de toutes les catégories sociales, des samurais aux couples fraîchement mariés – surtout après l’avènement de la xylographie, une technique d’impression qui rendit les « images de printemps » abordables et faciles à trouver. On pouvait même emprunter des livres de shunga dans les bibliothèques. Presque tous les artistes du célèbre mouvement de l’ukiyo-e ont produit des « images de printemps », notamment Hokusai, Utamaro et Kuniyoshi. Témoignant d’une imagination fertile et d’une parfaite maîtrise technique, ces œuvres sont d’une grande originalité. Grâce à la diversité impressionnante des images qu’il a choisies au sein de sa propre collection, d’une ampleur inégalée, Ofer Shogan nous montre toute la palette des pratiques sexuelles et de leur représentation. Suivant une approche thématique, il aborde les questions de la nudité et des vêtements, du voyeurisme, des dieux, des monstres et des animaux, de l’orgasme, de l’adultère et de la jalousie, et bien d’autres. Le présent ouvrage met l’accent sur les symboles et les motifs – souvent cachés – qu’il est essentiel de décrypter pour comprendre et apprécier pleinement ce genre artistique. Longtemps demeurées tabous, les shunga étaient, encore récemment, bannies du champ de la recherche : préfacé par Andrew Gerstle, professeur à la faculté des études orientales et africaines de l’Université de Londres, ce livre ambitieux rend à ces chefs-d’œuvre la place qui leur est due dans l’histoire de l’art, de la culture et de la société du Japon. Avec plus de 1 200 illustrations, toutes reproduites spécialement à l’occasion de cette parution et en grande partie inédites, ce bel ouvrage constitue une exploration sans précédent de la richesse foisonnante des « images de printemps ». Reproduction exceptionnelle de plus de 1200 œuvres, en partie inédites, de la collection Ofer Shogan, unique au monde. Une somme sans équivalent.

Avis.
Dans son ouvrage, Ofer Shagan nous présente sa collection de shunga en les classant par thèmes : par exemple, l'homosexualité ; la femme dans les shunga ; les animaux et les démons, etc. Dans ces thèmes, il présente plusieurs « images de printemps » qui illustrent ces thèmes et il y ajoute un commentaire afin d'expliquer comment était perçu ces images par les gens, leur symbolique et quelques fois, le message qu'elles transmettent.


La femme dans les shunga : dans ces images, il y a des femmes de toutes les classes sociales (les femmes mariées, les courtisanes, les servantes). Le plus souvent quand une femme mariée est représentée, elle est accompagnée de son mari ; dans quelques rares cas, elle est avec son amant. Certaines images nous présentent des femmes jalouses : cela peut nous faire penser que l'amour est une chose importante pour la femme.

Les quartiers de plaisirs et les courtisanes : ces quartiers de plaisirs vont de plus en plus se développer pendant l'époque Edo : le plus grand et le premier quartier de plaisirs est celui de Yoshiwara. L'auteur nous montre que ce quartier, il y avait « uniquement » les personnes riches qui s'y rendaient : la plupart était des marchands ; quelques fois, on y voyait des fils des personnes riches car ces dernières payaient leurs fils pour qu'ils aillent dans ces quartiers car cela était « à la mode ». Il précise aussi que même les moines venaient rendre visite à ces quartiers. La plupart des femmes de ces endroits étaient des esclaves sexuelles, c'est-à-dire qu'elles étaient achetées à leurs familles quand elles étaient petites.
Les quartiers de plaisirs et les courtisanes sont un des principaux thèmes des « images de printemps ».

Les hommes dans les shunga : les premiers hommes peints sur des shunga étaient des samouraïs, des aristocrates, des marchands et des moines. Ensuite, il y a une autre catégorie d'hommes sur les images qui étaient les plus souvent des voyeurs voire des domestiques. Les hommes dans les shunga sont tous les âges et de toutes les catégories sociales.

Nudité et vêtements : les vêtements dans les shunga nous donnent des informations sur les saisons et sur le milieu social. Dans la plupart des shunga, les couples sont vêtus entièrement ou partiellement. Les vêtements sont représentés très précisément : cela semblait être un défi artistique pour les peintres. Les vêtements sont le plus souvent voulu car cela rend le dessin plus érotique que si les personnages étaient totalement nu (comme dans le Genji Monogatari qui montre que « la nudité absolue n'éveille aucun désir »). Donc, on peut dire que les belles étoffes étaient désirables.

Une question de taille : on remarque que les membres virils étaient dessinés de façon démesurée. Selon Ofer Shagan , l'explication de la grande taille des verges était dû au fait que les hommes avaient besoin d'affirmer leur supériorité masculine. Artistiquement, il pense que le but est de retenir l'attention du spectateur.

Décor et détails : le sujet central d'une shunga est l'acte sexuel qui permet de faire passer un certain message. Cependant, la partie la plus grand du message transmis se trouve dans les décors et les détails de l'image : par exemple, deux oiseaux d'eau sur un paravent indiquent que les deux personnages s'aiment et qu'ils resteront fidèle l'un à l'autre.

Images symboliques et éducatives : les symboles les plus répandues sont les coquillages qui représentaient la vulve. Certaines shunga visaient à apporter des connaissances en anatomie et des conseils pour donner du plaisir.

L'art érotique contemporain : la création d'art érotique n'a jamais cessé au Japon. Pendant l'ère Taisho (1912 – 1926), cet art a pris la forme de photographies misent dans les magazines dans le but d'aider à la masturbation. Cependant, l'art érotique est vite devenu la même chose que la pornographie (certaines personnes confondent la pornographie et l'érotisme) et prend le nom de « hentai ».


L'art érotique a toujours circulé librement jusqu'à l'ère Meiji (1868 – 1912) et jusqu'à l'arrivée de missionnaires chrétiens venus d'Occident qui ont exercé de fortes pression contre cet art.
L'art érotique a longtemps fait partie de la vie quotidienne des japonais : il montraient quel était le style artistique et les habitudes culturelles des périodes passées. Mais, rapidement, cet art est devenu essentiellement pornographique.

Anne-Laure Guichard / Hazan (Beaux-arts) / 2014 / 472 pages.

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